Faut-il inscrire son enfant en compétition ?

J'ai moi-même beaucoup joué en compétition jeune, jusqu'à devenir champion de Paris de ma catégorie d’âge en 2010. C'est une expérience qui m'a énormément apporté. Et c'est aussi une expérience que je ne recommande pas à tout le monde, en tout cas pas à n'importe quel moment. Voici comment j’aborde la question avec les parents de mes élèves enfants.

Ce que la compétition apporte vraiment

Jouer en tournoi officiel n'est pas la même chose que prendre un cours ou jouer une partie amicale. Il y a une pendule, un classement en jeu, un adversaire inconnu (parfois plus âgé, en tout cas l’aspect humain compte beaucoup), parfois un peu de public autour. Cette pression, bien dosée, est en réalité une excellente école : elle apprend à un enfant à gérer son stress dans un cadre concret, à assumer une défaite devant quelqu'un qui n'est pas son professeur ou ses parents, à se préparer sérieusement avant un événement. Ce sont des compétences qui dépassent largement le jeu d'échecs.

La compétition donne aussi un objectif clair, ce qui peut relancer la motivation d'un enfant qui commence à tourner un peu en rond dans sa pratique. Rien de tel qu'un tournoi à l'horizon pour donner du sens à l'entraînement !

Les vrais risques, qu'on sous-estime souvent

Mais la compétition n'est pas neutre. Le risque principal, c'est de transformer un plaisir en source d'anxiété si elle est introduite trop tôt, ou avec trop d'enjeu mis dessus par l'entourage. Un enfant qui n'a pas encore digéré la défaite dans un cadre calme (cours, partie à la maison) risque de vivre très mal une défaite en tournoi, devant des inconnus, avec un classement qui baisse à la clé. Ça peut, dans le pire des cas, dégoûter durablement un enfant qui aimait pourtant beaucoup jouer.

Il y a aussi un piège fréquent chez les parents eux-mêmes : projeter leurs propres attentes sur les résultats de leur enfant. Les parents ont la meilleur volonté du monde bien sûr, et la frontière est fine entre encourager un enfant à vivre sa passion et le pousser plus qu’il n’est raisonnable. Un classement Elo devient vite un sujet de fierté ou de déception parentale, ce qui ajoute une pression que l'enfant n'a pas demandée. Pour le dire sans détour : si l'enjeu de la compétition compte plus pour le parent que pour l'enfant, ce n'est probablement pas le bon moment.

Comment je conseille d'aborder la question

En général, je recommande d'attendre que l'enfant ait déjà un rapport apaisé à la défaite dans un cadre non compétitif, c’est-à-dire qu'il accepte de perdre une partie de cours sans que ce soit dramatique, avant d'introduire un premier tournoi. Il vaut mieux aussi commencer petit : un tournoi scolaire ou un événement local, peu formel, plutôt qu'une compétition telle que les qualifications départementales (très mises en avant par les clubs notamment). Beaucoup d’évènements existent aujourd’hui et je conseille régulièrement à mes élèves des lieux adaptés où jouer de manière « sérieuse », mais sans trop d’enjeu.

Avec le recul de mon propre parcours, la compétition m'a énormément appris : sur le jeu, mais aussi sur moi-même. Je ne le regrette pas une seconde. Mais je sais aussi, pour l'avoir vu chez certains de mes camarades, à quel point une compétition mal amenée peut casser l'élan d'un enfant qui, sans ça, aurait continué à progresser avec plaisir pendant des années. La compétition est un formidable outil, à condition de l'introduire au bon moment, et pour les bonnes raisons.

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