La capacité de concentration des enfants est sous-estimée
Depuis que j’enseigne les échecs, il m’est arrivé très souvent d’être contacté par des parents qui me préviennent : « mon enfant ne peut pas se concentrer plus de cinq minutes… ». J’accepte le défi et, bien souvent, je me rends compte que c’est parfaitement faux. Des qualifiés vus comme dissipés par leurs propres parents arrivent à se poser un moment sur une seule position d’échecs, à plus forte raison une partie. Et non, je ne prétends pas être un magicien. :)
En réalité, le jeu d’échecs est un excellent moyen de révéler les capacités de concentration des enfants. J'irai même plus loin : s'il y a une qualité que la pratique des échecs peut laisser pour longtemps, c'est sans doute celle-ci. Apprendre à consacrer toute son attention à un seul problème, sans se disperser.
La concentration n’est pas une qualité fixe
On imagine parfois que certains enfants sont « concentrés » par nature et que d'autres ne le seront jamais. Mon expérience me pousse à penser l'inverse. Tous les enfants savent se concentrer lorsque trois conditions sont réunies : l'activité les stimule, la difficulté est adaptée à leur niveau et l'environnement limite les distractions.
A l’école par exemple, les tâches peuvent être perçues par les enfants comme trop faciles ou trop difficiles, répétitives, sans intérêt… Je ne jette en rien la pierre sur le corps enseignant qui fait un travail immense, mais forcément, entre la taille des classes, les horaires et toutes les difficultés qui s’en suivent, c’est très compliqué d’intéresser tout le monde. Mais un enfant dissipé à l’école n’est PAS un enfant dissipé tout court.
Les enfants souvent bien plus concentrés que les adultes
Combien de fois ai-je vu un enfant, dont les parents m'avaient assuré qu'il ne tenait pas plus de quelques minutes, faire preuve d'une patience remarquable face à un problème difficile ou pendant une longue partie ?
À l'inverse, certains de mes élèves adultes — pourtant de bon niveau — voient régulièrement leurs pensées vagabonder. Ils consultent leur téléphone, pensent au travail ou veulent aller trop vite.
Les enfants, eux, ont souvent une capacité que les adultes perdent progressivement : lorsqu'une activité les passionne, ils peuvent s'y plonger entièrement. C'est une qualité précieuse.
Comment favoriser cette concentration ?
Je ne prétends bien entendu pas produire de miracle. Mais si l’enfant montre ne serait-ce qu’un léger intérêt pour le jeu d’échecs, il y a de bonnes chances pour que ce jeu lui offre la possibilité d’explorer le plaisir de la concentration et de la persévérance. Le tout, c’est de lui proposer des exercices adaptés à son niveau, de le féliciter quand il fait l’effort, même s’il échoue, en lui faisant comprendre que ce qui compte c’est de faire du meilleur qu’il peut, de l’intéresser avec des positions ludiques et variées, et de privilégier un endroit calme et sans écrans.
Au fond, je crois qu’on a collectivement tendance à sous-estimer une chose : les enfants aiment réfléchir. Les enfants ne manquent pas toujours de concentration. Ils manquent parfois simplement d'une activité qui mérite vraiment toute leur attention.