Comment améliorer son calcul aux échecs ?
"Combien de coups tu vois à l'avance ?" C'est probablement la question la plus posée aux joueurs d'échecs. Pourtant, ce n'est pas vraiment la bonne. Ce qui fait progresser en calcul, ce n'est pas seulement voir plus loin, c'est surtout calculer juste et ne rien oublier.
Voir plus loin, c’est mieux, oui, forcément. Le niveau d’un joueur dépend directement de sa force de calcul, à la fois la profondeur (le nombre de coups à l’avance qu’il envisage) et la vitesse de son calcul. Vous avez peut-être déjà vu des vidéos où des maîtres commentent à voix haute leur réflexion en blitz, ça ressemble surtout à « sur Cg4 j’ai Ff4 e5 Fg3 h5 h3 h4 hxg3 hxg4 gxf2 et Fh7+ en fin de variante qui a l’air de gagner ». Et effectivement en partie (même en partie longue), on passe beaucoup de temps à calculer. A bien calculer, si possible.
Faire des problèmes oui, mais sérieusement
Si je n’ai qu’un conseil à donner pour progresser, quelque soit votre niveau, c’est faites des problèmes. Faites-en plein. Il y en a sur chess.com, il y en a sur lichess.org (gratuits en illimité, il y a des bouquins, des sites, des logiciels. Le tout, ça va être de les faire en étant honnête avec soi-même, de vraiment les travailler.
J’entends parfois des élèves ou des joueurs débutants qui font des centaines de problèmes et ne progressent pas. Je leur demande alors à quoi ça ressemble, pour eux, faire des problèmes. La position apparaît, ils réfléchissent dix secondes, ils ont une intuition, ils cliquent. C’est bon ou c’est faux, next. Honnêtement, ça ne sert à rien.
Un problème n'est pas un test. C'est un entraînement. Le but d’un problème, c’est de chercher. L’idéal c’est de trouver, forcément, mais ce qui vous fera vraiment progresser, c’est d’avoir cherché. Trouver la bonne réponse par hasard n’a aucun intérêt, de même que parfois en partie, on se retrouve à jouer le meilleur coup un peu par chance. Tant mieux… mais ce n'est pas une compétence sur laquelle on peut compter.
Une anecdote que j’aime bien raconter à mes élèves, c’est la manière dont on nous faisait travailler le calcul, en club, quand j’étais enfant. On était une dizaine devant un échiquier mural sur lequel notre entraîneur mettait une position tactique. Pas d’indice, juste « aux blancs de jouer » ou « aux noirs de jouer ». Comme en partie, on ne sait pas ce qu’il y a à trouver (on sait déjà qu’il y a quelque chose à trouver, c’est déjà un gros indice en soi). Puis, chacun d’entre nous avait droit à la parole UNE fois. Alors, on donnait notre idée : il fallait donner toute la suite de coups, dans tous les embranchements possibles, et montrer pourquoi c’était gagnant. S’il nous manquait un coup, c’était invalidé, et on n’avait pas le droit à la parole. Quand on travaille le calcul, on ne doit laisser aucune place au hasard ou à l’intuition !
Un repère simple : une minute de réflexion
C’est un repère que je donne souvent à mes élèves : un bon problème, un problème qui nous fait vraiment travailler, qui pousse nos facultés de calcul, nous demande au moins une minute de réflexion. Si je vous mets une position, disons un mat en 2, et que vous trouvez la solution en dix secondes, bravo, mais non vous n’avez pas vraiment travaillé votre capacité de calcul. C’est aussi bête et méchant que le travail d’un muscle : si vous espérez faire grossir vos biceps en soulevant un bic… vous avez compris l’idée :). Si la majorité des problèmes que vous faites sont résolus en moins de dix secondes, ils sont probablement trop faciles pour vous.
Avant internet, on s’entraînait avec des livres de problèmes. Ce n’était pas mieux, c’était même moins bien, souvent il fallait mettre la position sur l’échiquier, suivre les variantes à l’écrit, revenir en arrière… C’était fastidieux. Mais au moins, après avoir pris le temps de mettre la position sur l’échiquier, on n’était pas tenté de « bâcler » l’exercice en quelques secondes. C’est le piège des défilements des problèmes sur internet : on a tendance à enchaîner (et ça m’arrive aussi). Si vous voulez vraiment progresser, il faut prendre le temps, vraiment. On clique quand on a tout vérifié, quand on est sûr. Ça permet aussi de limiter les gaffes en partie…
Si je devais résumer : faites moins de problèmes, mais faites-les mieux. Prenez le temps de calculer toutes les variantes avant de jouer le premier coup. C'est beaucoup moins satisfaisant sur le moment que d'enchaîner les puzzles, mais c'est ce qui vous fera réellement progresser en partie.