Mon enfant est-il « doué » pour les échecs ?

« Vous pensez qu'il/elle a un don ? ». Je comprends l'envie de savoir. Mais ma réponse est presque toujours la même : le talent, tel qu'on l'imagine, n'est pas le bon indicateur à chercher

Certains enfants apprennent très vite le nom des pièces, retiennent rapidement quelques débuts de partie, ou battent facilement papa ou maman à la maison. C'est valorisant à voir, mais ce n'est pas forcément un indicateur fiable de progression future. Il y a des enfants qui semblent « briller » dès leurs premières parties, apprenant vite par cœur, et qui stagnent ensuite, simplement parce qu'ils comptaient sur cette mémorisation rapide plutôt que de développer une vraie compréhension du jeu. À l'inverse, des enfants beaucoup plus lents au démarrage peuvent rattraper et largement dépasser les premiers.

Les vrais signes à observer

S'il fallait chercher des indicateurs, je regarderais plutôt du côté de choses moins spectaculaires :

1) La curiosité face à ses propres erreurs. Un enfant qui demande « pourquoi j'ai perdu cette pièce ? » plutôt que de passer immédiatement au coup suivant a un réflexe précieux, bien plus utile à terme que la mémoire immédiate.

2) La capacité à rester concentré sur une position, même simple. Pas besoin que ce soit long — même deux ou trois minutes d'attention soutenue chez un jeune enfant sont un bon signal, bien davantage que la rapidité avec laquelle il joue. (C’est tout aussi valable pour les adultes !)

3) Le plaisir du jeu en lui-même, indépendamment du résultat. Un enfant qui a envie de rejouer après une défaite, simplement parce que la partie l'a intéressé, ira souvent plus loin qu'un enfant qui ne s'accroche que quand il gagne.

Ce qui compte in fine : le cadre

Je le dis souvent, y compris aux parents qui me posent la question du talent : ce qui fait la différence sur le long terme, ce n'est presque jamais une prédisposition innée, c'est la régularité et l'environnement. Même les meilleurs joueurs du monde, ceux qu'on imagine "nés pour ça", ont eu un entourage extrêmement structurant : un parent joueur, un coach présent, un cadre de pratique intense et régulier dès le plus jeune âge. Retirez ce cadre, et le prétendu don ne suffit jamais à lui seul.

Concrètement, ça veut dire qu'un enfant qui semble "moyen" au départ mais qui a un cadre régulier, par exemple quelques dizaines de minutes de pratique par semaine, un accompagnement patient, la possibilité de se tromper sans pression, progressera presque toujours davantage qu'un enfant apparemment prometteur livré à lui-même après quelques cours.

Ma vraie réponse

Quand on me demande si un enfant est « doué », je réponds généralement que ce n'est pas la bonne question. La meilleure question, c'est plutôt : est-ce que mon enfant prend du plaisir à jouer, est-ce qu'il est curieux face à ses erreurs, est-ce qu'il a un cadre pour pratiquer régulièrement ? Si la réponse est oui à ces trois points, peu importe la vitesse à laquelle il apprend au départ : il ira loin, à son rythme. Et honnêtement, c'est bien plus rassurant qu'un supposé don qui, seul, ne mène jamais bien loin.

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